Dans les milieux agricoles et en ville, le déclin des oiseaux s'amplifie

Les derniers résultats du Suivi Temporel des Oiseaux Communs (STOC) publiés par le Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN) ce mardi 20 mars sont formels : les oiseaux des campagnes françaises disparaissent à une vitesse vertigineuse. Les relevés effectués en milieu rural mettent en évidence une diminution des populations d'oiseaux spécialistes des milieux agricoles d'un tiers en moyenne ces 15 dernières années. Les suivis locaux réalisés par le CNRS de Chizé aboutissent aux mêmes conclusions. 

L’Agence régionale de la biodiversité en Île-de-France (ARB îdF) a pour mission d’analyser les résultats du STOC sur le territoire francilien, dont l’animation est réalisée par la Délégation régionale LPO Île-de-France. Lors de la dernière publication des États de santé de la biodiversité en Île-de-France en 2016, les tendances d’évolution des populations d’oiseaux communs avaient été évaluées sur la période 2004-2014. Elles ont été mises à jour pour la période 2004-2017.

Les tendances 2004-2014 donnaient un déclin d’environ 30% des oiseaux spécialistes de ces deux grands milieux que sont le milieu agricole et urbain. Sur la période 2004-2017, les oiseaux spécialistes des milieux agricoles ont décliné de 44% et ceux des milieux bâtis de 41%. La situation est plus mauvaise encore qu’au niveau national.

Déclin quasi-généralisé des espèces dépendantes des milieux agricoles...

La région est caractérisée par une agriculture céréalière largement prédominante, de grands parcellaires, peu d’élevage et de haies, et un usage important de pesticides. L’usage de ces derniers a augmenté plus encore en Île-de-France que dans le reste de la France sur la période 2008-2015 (+28%, contre +22% au niveau national). L’agriculture y est plus intensive que sur la moyenne du territoire : un déclin plus marqué des oiseaux agricole y était attendu. 

Parmi les espèces particulièrement inféodées aux milieux agricoles, seulement deux présentent une tendance fragile à l’augmentation (statistiquement non robuste) : la Buse variable et la Fauvette grisette. Toutes les autres sont en déclin : Alouette des champs (-26%), Bergeronnette printanière (-33%), Linotte mélodieuse (-47%), Bruant jaune (-53%), Perdrix grise (-63%), Tarier pâtre (-64%), Bruant proyer (-64%). Le Faucon crécerelle présente également une forte tendance au déclin, qui s’accentue au cours des 10 dernières années.

Des espèces qualifiées de « généralistes », mais qui dépendent fortement des milieux agricoles, déclinent également beaucoup dans la région : c’est le cas de l’Hypolaïs polyglotte, dont les effectifs connaissent une chute marquée (-63%), de l’Etourneau sansonnet (-39%) et du Coucou gris (-22%).

Des résultats inquiétants en ville...

En ville, le déclin est particulièrement marqué chez trois espèces : le Moineau domestique (-53%), le Verdier d’Europe (-60%) et le Serin cini (-73%). Le déclin du Moineau domestique fait l’objet d’une étude spécifique sur Paris par la LPO Île-de-France. Entre 2003 et 2016, la population de Moineaux domestiques dans Paris a chuté de 73 % (enquête Moineaux Corif-LPO Septembre 2017). Quant aux Verdiers d’Europe, les causes de déclin pourraient être les mêmes qu’en Grande-Bretagne, où l’espèce connaît également une diminution spectaculaire : le virus de la Trichomonose qui semble décimer la population. Viennent certainement s’y ajouter d’autres facteurs, puisque les autres granivores des milieux urbains (moineaux, serins) diminuent, à l’exception du Chardonneret élégant, dont les tendances demeurent très fluctuantes à l’échelle régionale, bien que l’espèce décline à l’échelle nationale.

Les hirondelles et le Martinet noir, qui utilisent les bâtiments pour se reproduire mais dépendent également des milieux agricoles pour se nourrir, présentent tous une tendance à la baisse : elle est à prendre avec prudence pour le Martinet noir et l’Hirondelle de fenêtre, car le nombre de carrés dans lesquels l’espèce est détectée se trouve en dessous du seuil de fiabilité, mais il est de -40% pour l’Hirondelle rustique. Une espèce inféodée au bâti… agricole ! 

La seule espèce réellement inféodée aux milieux bâtis à montrer une augmentation est la Pie bavarde, et cette augmentation est relativement récente : +27% sur la période 2004-2017. Mais doit-on pour autant continuer à la classer nuisible, comme le font encore certains départements ?

Du mieux dans certains habitats

Lors de la dernière publication des États de santé de la biodiversité en Île-de-France, les oiseaux forestiers tiraient leur épingle du jeu : cette tendance est confirmée, et les oiseaux spécialistes des habitats forestiers n’accusent qu’un faible déclin sur la période 2004-2017 (-5%) et connaissent même une légère croissance au cours des 10 dernières années (+ 12%). Parmi les sept espèces d’oiseaux franciliens dont les effectifs augmentent de manière significative au cours de la période, quatre vivent principalement en forêt : le Roitelet triple-bandeau (+146%), le Roitelet huppé (+114%), le Grimpereau des jardins (+46%), le Rougegorge familier (+22%). Plus rares, mais apportant leur part à l’augmentation, les Pics noirs et Pics mars ont vu leurs effectifs augmenter de manière spectaculaire au cours des dernières décennies dans les forêts de la région, et deux espèces semblent retrouver une certaine vitalité après une phase de déclin, le Pouillot siffleur et la Mésange nonnette.

Un autre groupe d’espèces, les espèces « généralistes » affectionnant les milieux boisés ruraux et urbains, est globalement stable ou en augmentation : Pigeon ramier (stable), Corneille noire (+25%), Pinson des arbres (stable), Geai des chênes (stable), Mésange bleue (+22%), Mésange charbonnière (stable), le Pic vert (stable), la Fauvette à tête noire (stable), le Merle noir (en léger déclin, -14%). Cependant, une espèce fait exception : l’Accenteur mouchet, dont le déclin s’amplifie et atteint désormais -51%.

A l'inverse, certains oiseaux forestiers diminuent fortement : il s’agit d’espèces inféodées aux forêts fraîches, et il est probable que le changement climatique joue un rôle dans leur déclin. Sont concernés le Pouillot fitis (-73%) et des espèces déjà trop rares pour obtenir des tendances parfaitement fiables, mais qui suggèrent un déclin marqué, noté par ailleurs par les ornithologues : le Bouvreuil pivoine (-67%) et le Gobemouche gris (-68%). Une espèce est à surveiller, la Sittelle torchepot : jusqu’alors considérée comme stable, elle connaît désormais des effectifs en déclin (-37%) sur la période considérée.

Et le vainqueur est… la Tourterelle des bois !

Affectionnant les mosaïques de milieux boisés et agricoles, son roucoulement doux s’entend dès la fin du mois d’avril. Elle a été chassée en automne comme au printemps des années durant en France, et c’est grâce au travail de la LPO que la chasse de printemps n’est plus tolérée en Gironde. Elle demeure tirée en automne, et fait l’objet d’un grand nombre de prélèvements en Afrique, y compris par des chasseurs européens en vacances. Elle a décliné de 77% entre 2004 et 2017. En Grande-Bretagne, où les suivis sont plus anciens, il s’agit également de l’espèce dont le déclin est le plus marqué, puisque ses effectifs ont fondu de 91% entre 1995 et 2013. Elle ne fait cependant l’objet d’aucune protection réglementaire.

Qu'est-ce que le STOC ?

Il s’agit d’un des plus anciens observatoires de sciences participatives. Le STOC (Suivi Temporel des Oiseaux Communs) existe en France depuis 1989 et fait appel à la contribution d'observateurs bénévoles. Le protocole se base sur des points d’écoute d’oiseaux. Les participants se voient attribuer un carré de 2 km sur 2 km, divisé en 10 sous carrés de 200 m sur 200 m, et doivent réaliser un point d’écoute de 5 minutes au centre de chaque sous-carré. Pendant ces 5 minutes, l’observateur note tous les oiseaux vus et entendus, précise la distance, et l’espèce. Ce comptage est réalisé à deux reprises chaque printemps, tôt le matin, et est reproduit d’année en année. En Île-de-France, environ 40 observateurs différents contribuent à ce suivi chaque année. Il est coordonné par la LPO Île-de-France qui propose des formations pour y participer.

Repères : 

Un grand merci à la centaine d'observateurs naturalistes franciliens qui ont produits les données nécessaires à la réalisation de ces analyses. Merci à l’équipe Vigie-Nature, notamment Romain Lorrillière pour avoir donné accès à ces données et accompagné l’ARB îdF dans la réalisation de leurs analyses.

Contact: 
Chargé de mission naturaliste
01 77 49 76 65